L’école n’est pas à vendre

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L’école n’est pas à vendre – Contre la privatisation de l’enseignement

Pour une école publique de qualité et à vocation universelle

Pour une école publique de qualité et à vocation universelle

L’école fait aujourd’hui face à un nombre croissant d’exigences qui sont le résultat des évolutions sociales des dernières décennies:

  • dans un contexte de mutations technologiques accélérées, de digitalisation et d’automatisation, il faut sans cesse acquérir des qualifications nouvelles, ce qui exige une logique d’apprentissage tout au long de la vie;
  • les inégalités sociales ont augmenté depuis la crise économique et financière de 2007-2008 et les emplois précaires (CDD, temps partiel involontaires, voire faux indépendants) se sont multipliés, alors que le chômage reste élevé;
  • l’évolution des nouveaux médias et des réseaux sociaux a mené à un matraquage d’informations, d’images, de divertissements, qui favorise une consommation passive plutôt que le développement d’un esprit critique; par conséquent, les élèves ont souvent du mal à se concentrer et à entreprendre des efforts dont ils ne voient pas l’utilité immédiate;
  • le rôle de la famille a changé: le nombre de familles monoparentales ou de familles recomposées est en constante augmentation. En plus, les réalités du monde du travail, les horaires de travail de plus en plus flexibles, l’absence d’un droit à la déconnexion font que les frontières entre vie familiale et vie professionnelle ont tendance à s’évaporer – par conséquent, les parents ont de moins en moins de temps disponible pour assumer les missions éducatives familiales traditionnelles;
  • la situation linguistique particulière au Luxembourg fait en sorte que les deux langues d’enseignement principales, l’allemand et le français, sont de manière plus ou moins prononcée ressenties comme des langues étrangères pour les élèves – la diversité croissante de l’immigration vers le Luxembourg renforce encore cette difficulté;
  • en parallèle à la domination idéologique du libéralisme et de la logique concurrentielle, l’individualisme monte en force et mine la solidarité et la cohésion sociale.

La réponse du ministre de l’éducation nationale

En bon libéral, le ministre de l’Education nationale Claude Meisch répond à ces problèmes en développant la concurrence et la compétition entre les écoles – tout en vendant cela au grand public comme un accroissement de l’«autonomie» et de la «diversité» des différents établissements, voire comme une «dépolitisation» de l’école.

L’idéologie sous-jacente à cette approche entend que les élèves (ou plutôt leurs parents) sont définis comme des clients, comme des consommateurs d’une certaine offre. Pour créer un véritable marché de l’éducation, il faut offrir à ces clients un choix entre différents produits, comme pour une quelconque marchandise qu’on achèterait au supermarché – pour l’éducation, cela sera donc le choix de l’école (qui ne suivra plus une logique géographique), le choix des programmes de formation, le choix des langues, voire le prix de la formation.

Et c’est exactement ce qui est en train de se mettre en place au Luxembourg.

La mise en concurrence des écoles sous le couvert d’«autonomie»

Problèmes actuels

  1. l’instauration d’une logique d’évaluation et de contrôle, visant à permettre une comparaison de la performance des différentes écoles (le «plan de développement scolaire», la gestion par objectifs…);
  2. l’application d’une approche utilitariste aux programmes d’enseignement, misant davantage sur le développement de compétences visant à former des salariés «flexibles» et «mobiles», surtout pour des emplois ne demandant pas de spécialisation, au détriment de la transmission du savoir, de matières «non productives» telles que la littérature, l’histoire, la philosophie…;
  3. le développement croissant du financement de projets scolaires de la part d’entreprises du secteur privé;
  4. l’augmentation constante de cours particuliers payants;
  5. l’ouverture d’ « écoles internationales » publiques, dont les programmes sont développés à l’étranger par des prestataires privés ;
  6. en général, la forte croissance du secteur de l’enseignement privé au détriment de l’enseignement public (à Luxembourg–Ville, seulement 54% des enfants fréquentent encore l’enseignement fondamental public).

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Exemple concret : l’International School Michel Lucius

L’International School Michel Lucius (ISML), qui offre des classes anglophones au niveau fondamental et secondaire, est un exemple-phare pour les dérives de ce système. Visant à l’origine les enfants de familles installées temporairement au Luxembourg ou encore de jeunes réfugiés, aujourd’hui plus d’un tiers des inscrits au niveau du secondaire ont effectué leur scolarité antérieure dans l’enseignement fondamental luxembourgeois. Une des raisons de ce succès est le fait que le lycée ISML est beaucoup moins exigeant au niveau des langues allemandes et françaises que le système scolaire luxembourgeois. Or, cela rend plus difficile pour ses élèves non seulement la poursuite d’études dans une université non anglophone, mais également la recherche d’un emploi sur le marché du travail luxembourgeois, toujours dominé par le français. Il s’ajoute que les programmes de formation de l’ISML sont achetés – à un prix élevé – auprès de l’entreprise Pearson, grand acteur britannique du marché éducatif privé sur le plan international. L’Etat luxembourgeois a ainsi abandonné toute influence sur les programmes de l’ISML ; le prestataire anglais corrige même – contre paiement – toutes les épreuves écrites et orales des examens de IIIe et de Ière – au Royaume-Uni !

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Le multilinguisme: un atout pour le pays

L’OGBL considère le multilinguisme comme une des richesses du pays, malgré les difficultés particulières qu’il peut poser en pratique. Il faut éviter de fragiliser cet atout en offrant des enseignements focalisés sur une seule langue, aidant à augmenter plutôt qu’à résorber les faiblesses linguistiques des élèves, le plus souvent liées à leurs origines respectives et entraînant le risque réel d’une ghettoïsation.

L’école publique doit continuer à viser une bonne préparation de tous les élèves aussi bien au marché du travail qu’à la poursuite d’études supérieures. Pour cela, il est nécessaire de continuer à enseigner le français, l’allemand et l’anglais à un niveau élevé et il faut renforcer les ressources attribuées aux écoles et aux lycées pour soutenir tout particulièrement les élèves ayant des faiblesses dans l’une ou l’autre des trois langues.

Contre une école à deux vitesses!

La politique de mise en concurrence et de marchandisation rampante fragilisent le caractère universel de l’enseignement public. Elle véhicule et appuie aussi une image dégradée de l’école publique : échecs scolaires, dégradation du niveau des élèves, infrastructures vétustes, enseignement médiocre et démodé. Tout cela contribue à renforcer la demande des parents pour une offre scolaire privée qui, le cas échéant, peut paraître comme plus adaptée à leur situation particulière. Les populations immigrées pourraient être tentées par des offres d’alphabétisation dans leur langue natale, sans se rendre compte des conséquences négatives pour leurs enfants. La promotion de l’autonomie scolaire pourrait renforcer la demande d’écoles privées confessionnelles (chrétiennes, musulmanes ou autres) qui n’auraient plus besoin de se conformer aux programmes nationaux…

De tels développements risquent indirectement d’accroître les inégalités sociales et de miner la cohésion de la société. L’offre « diversifiée » peut apparaître aux parents comme disparate, opaque et complexe, surtout s’ils ne disposent eux-mêmes que d’une formation limitée. Les populations socialement les plus fragilisées risquent ainsi de se retrouver dans des écoles « ghetto » manquant de fonds, de capacités et de qualité, alors que les familles les plus aisées orienteront leurs enfants vers une offre de haute qualité, mais privée et payante.

La conception de l’OGBL pour l’éducation et la formation professionnelle

Pour l’OGBL, seule l’école publique qui accueille les enfants sans les séparer selon le statut social, l’origine culturelle, la conviction religieuse ou d’autres convictions personnelles des parents peut créer les bases nécessaires d’une société démocratique et solidaire. Le caractère unitaire et universel de l’école publique doit par conséquent être préservé et même renforcé. Pour assurer une égalité des chances, l’éducation de base doit permettre de compenser les inégalités sociales et culturelles, mais aussi les inégalités entre les sexes.

Dans ce sens, les décideurs politiques, aussi bien au plan national qu’au plan local, doivent soutenir l’école publique en lui donnant les moyens nécessaires pour atteindre ces objectifs. Ceci comprend des investissements dans des infrastructures scolaires modernes et accueillantes, mais aussi dans la formation et le recrutement des enseignants en nombre suffisant, aussi bien au niveau de l’enseignement fondamental que de l’enseignement secondaire. L’attractivité du métier d’enseignant a souffert ces dernières années du fait de la dégradation des conditions de travail, due notamment à l’augmentation rampante de tâches administratives en dehors des cours scolaires, et l’instauration d’un stage superflu de trois années – après quatre années de formation de niveau universitaire – et accompagnée de pertes salariales. Ceci a mené à une pénurie d’enseignants au niveau de l’école fondamentale. Il est grand temps de contrecarrer cette évolution néfaste.

La politique de l’enseignement doit constituer un tout – du précoce jusqu’à l’enseignement supérieur. L’intégration des activités d’accueil précoce et préscolaire dans une approche globale de l’enseignement public doit contribuer à garantir l’égalité des chances pour tous les enfants. Il faut éviter que les barrières linguistiques, les discriminations sociales et les différences culturelles ne soient déjà des obstacles insurmontables dès la formation initiale.

L’Etat a aussi son rôle à jouer au niveau de la formation professionnelle et doit prévoir les investissements nécessaires pour mettre en place des structures d’apprentissage, de formation continue et de requalification répondant aux exigences créées par les mutations technologiques et les changements de profils professionnels qui en découlent.

L’OGBL exhorte les entreprises à assumer également leurs responsabilités et à contribuer au financement de l’apprentissage et de la formation continue, par exemple via l’instauration d’une taxe de formation. Par ailleurs, l’OGBL se prononce pour des centres de formation sectoriels gérés paritairement par les partenaires sociaux et pour l’instauration d’un véritable droit individuel à la formation continue pour tous les salariés.

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